Après la restauration de l'orgue (Thomas 2015)
et de la balustrade juin 2020 (Pascale Wéry)
Avec l'aide des Fondation Roi Beaudouin et Forgeur
Douce émotion de voir placées les dernières pièces du puzzle. Voilà le garde-corps de tribune restauré, auprès de son orgue Thomas si charmant. Merci à Dominique Lewalle, Marianne De Wil, Paul Mordan, Alain Lodomez pour m'avoir accompagnés dans ce projet. Merci Patrick Wilwerth d'en être la source, et de m'avoir fait confiance! Puisse la musique s'élever longtemps encore du vallon de Mortroux...
Au delà de l'ouvrage d'art, c'est cette communauté humaine qui le crée, s'en émeut, le transmet et lui donne vie qui me touche. L'art relie.
Pascale Wéry


Un orgue d’abbaye liégeoise
Au Pays de Herve.
Orgue classé en date du 30 juillet 1991
Dominique Thomas – Emmanuelle Job – Patrick Wilwerth
MORTARIOLUS ? ... un brin d’histoire
C’est en 817 que Louis le Pieux, fils de Charlemagne, Empereur d’Occident, fait don à l’abbaye de Cornélimunster à Aachen, d’une petite communauté agricole sise dans un endroit marécageux au confluent de la Berwinne et du Ruisseau d’Asse : c’était MORTARIOLUS (MORTROUX) dans le comté de LUIGAU (LIEGE).
En 881, les Normands ravageant tout sur leur passage détruisent l’église et la tour de Mortariolus.
Au XIe siècle, une église romane est reconstruite, en pierre. Elle est dédiée à la Sainte Vierge invoquée sous le vocable de Notre-Dame de Mortroux.
En 1782, le Seigneur Abbé de Cornélimunster relève de ses ruines l’église qui est probablement celle que nous connaissons encore aujourd’hui, dédiée depuis lors à Sainte Lucie, vierge de Syracuse, martyrisée en 304.
Enfin, la Révolution française consacre définitivement le retour de la paroisse de Mortroux au diocèse de Liège - doyenné de Visé.
Historique des archives
En 1809, peu après la Révolution qui fit les ravages que l’on sait au sein des églises liégeoises, la paroisse Sainte-Lucie de Mortroux, petit village du Pays de Herve, fit l’acquisition d’un orgue issu de l’abbaye Prémontrée de Beaurepart à Liège (l’actuel Grand Séminaire). La provenance de l’instrument explique l’arrondi particulier de son buffet, le Clérinx qui occupe le jubé aujourd’hui accuse la même forme épousant la rotondité du jubé.
En dépit des recherches effectuées, cet instrument n’est toujours pas attribué, une grande partie des archives de l’abbaye Prémontrée ayant sans doute été égarée ou détruite. Les premiers documents retrouvés attestant de son existence à Beaurepart ont trait à divers travaux qu’y effectua entre 1774 et 1777 Henri Müseler (* 1777) organier élève de Jean-Baptiste Le Picard. D’autres facteurs d’orgues lui succéderont et ont contribué à l’entretien de l’orgue : Cralle (16/6/1744 - 3/9/1824) tout d’abord, puis Guillaume Robustelly (autre disciple de Le Picard) qui effectua quelques réparations.
En 1792, le même Robustelly devenu trop âgé recommandait au Prieur son élève le plus habile, Joseph Colin, pour continuer l’entretien de l’orgue. Ce sont à ce jour les seuls documents retrouvés témoignant du séjour de l’instrument à Beaurepart.
À cette époque, les révolutionnaires firent fermer ou raser bon nombre d’églises, de couvents ou d’abbayes. L’abbaye Prémontrée n’échappa pas aux humiliations, restrictions et contraintes diverses infligées au milieu religieux. L’orgue survécut heureusement à la folie destructrice. On retrouve sa trace quelques années plus tard, lorsqu’en 1809 un chanoine le cède à l’église de Mortroux pour la somme de 625 florins.
J. Binvignat, facteur d’orgues de Maastricht procède alors à son déménagement et au remontage dans l’église Sainte-Lucie. Le livre des comptes de la paroisse porte des paiements successifs qui attestent non seulement du remontage, mais aussi de quelques remaniements effectués par Binvignat. L’orgue dès lors perd partiellement sa composition et sa couleur originales.
Le 22 juin 1831, le Conseil de Fabrique engage le facteur Comblain de Blegny pour effectuer des travaux non précisés sur le livre de compte.
Trente ans plus tard, en 1861, les facteurs limbourgeois Pereboom & Leyser vont effectuer une restauration qui marquera dans l’histoire de cet instrument une étape capitale.
À cette époque, l’état de l’orgue imposa au Conseil de Fabrique de prendre des mesures et un appel d’offres fut lancé. Trois facteurs régionaux y répondirent :
- Pereboom & Leyser, de Maastricht (très actifs dans la région).
- Greffe, de Blegny-Trembleur.
- Molinghen, de Mortier.
Les travaux furent attribués à Pereboom & Leyser en raison de leur offre la plus intéressante.
La restauration avait pour objet de remettre l’instrument en état, mais aussi de l’adapter aux goûts de l’époque. Il se vit gratifié de claviers neufs, d’un jeu de Bourdon 16', d’une Flûte traversière, d’une Trompette neuve, on y ajouta un do# grave et un sommier neuf au Grand-Orgue.
D’autres travaux, principalement d’entretien ont depuis été effectués, mais hélas ! les archives sont peu éloquentes sur ces points; seul le facteur Simon Boekx est mentionné en 1926.
Dans les années 60, suite à une panne irrémédiable du moteur, l’orgue se taisait définitivement et l’état de délabrement dans lequel il a été retrouvé atteste du total abandon dont il a souffert comme tant d’autres instruments que leur mutisme a condamnés à un oubli presque naturel.
En résumé :
Liste des facteurs d’orgues qui ont travaillé sur l’instrument
Date des interventions connues
À Liège : Construction non attribuée début XVIIe
Henri MÜSELER ca 1715-1777, 1774, 1776, 1777
François Joseph CRALLE 1744-1824
Guillaume ROBUSTELLY +/- (1718 à 1725) - 1793
Joseph COLIN 1743-1806
À Mortroux : Date de l’achat 1809
Joseph BINVIGNAT 1755- 1837 Remontage 1810
Dieudonné-J. COMBLAIN 1794- 1855, 1827
PEEREBOOM & LEYSER 1828-1903,1861
Simon BOECKX 1906-19511926
Manufacture d’orgues SCHUMACHER : démontage et entreposage, 1992
Manufacture d’orgues THOMAS : restauration, 2011
Un orgue est construit à Liège au début du XVIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, il prend place dans l’église du Séminaire actuel, probablement peu après l’édification de celle-ci qui a eu lieu en 1762. Pour l’adapter à cet édifice, on le gratifie du meuble que nous lui connaissons aujourd’hui, mais on conserve la tuyauterie, les sommiers et sans doute une partie de la mécanique.
Arrivé à Mortroux en 1809, quand l’esthétique XIXe n’était pas en encore bien affirmée, le facteur d’orgues Binvignat lui apporte les premières couleurs romantiques (jeu de gambe au Grand Orgue et Positif) et élargit la tessiture de 7 notes par le placement d’un petit sommier à côté du sommier historique.
En 1861, Pereboom restructure l’instrument. Les sommiers anciens du GO sont remplacés par des neufs, la console (claviers, pédalier et tirants de registres) sont neufs. La tuyauterie est bouleversée, mais par bonheur, un maximum des tuyaux des époques antérieures sont conservés.
Dans les années qui suivirent, l’orgue subit encore des bricolages malheureux dus à des facteurs peu scrupuleux, qui défigurèrent son esthétique musicale.
L’extraordinaire parcours de cet instrument a pu être retracé grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin. Ces quelques lignes ne sont qu’un pâle reflet de l’énorme travail d’investigation réalisé sous l’impulsion de Monsieur Hubert SCHOONBROODT et soutenu par l’enthousiasme qui animait le Conseil de Fabrique de l’époque et en particulier Monsieur Marcel Bloom décédé en mai 2012.
L’étude a porté sur l’historique, l’analyse minutieuse de la tuyauterie, du meuble, avec plans à l’appui. L’énorme travail d’investigation technique a été pris en charge par Monsieur Guido SCHUMACHER, facteur d’orgues et musicologue ainsi qu’à moi-même pour la partie archive et la coordination des travaux.
À la lecture de cette étude, on peut retracer dans cet orgue l’évolution de la facture d’orgues liégeoise. L’orgue renaissance, mis à part quelques rares buffets encore conservés aujourd’hui, a totalement disparu de nos régions au XVIIIe siècle. On pourrait se demander pourquoi les organiers extraordinaires du XVIIIe ont éliminé ces instruments, visiblement mus par une volonté commune d’en effacer les traces. Pourrait-on imaginer qu’ils méprisaient à ce point le travail de leurs prédécesseurs des XVIe et XVIIe siècles ? Un peu comme s’ils avaient voulu les rayer de notre patrimoine organologique ?
Contrairement à eux, les facteurs d’orgues du XIXe ont heureusement ici conservé du matériel des XVIIe et XVIIIe, meuble, sommiers et même un grand pourcentage de la tuyauterie, reconnaissant ainsi la valeur indiscutable des anciens. Ils l’ont néanmoins adapté au style de leur époque en modifiant le diapason, l’étendue des claviers, la distribution des tuyaux au sein des registres…
Le XXe siècle hélas n’a guère respecté les valeurs de ces maîtres-artisans, du moins jusqu’aux années 65; les facteurs de cette époque ont électrifié, pneumatisé, arraché des buffets, bouleversant ainsi le travail des siècles précédents au profit d’une pseudo esthétique qui s’avère être aujourd’hui une aberration.
Les facteurs d’orgues de nos jours s’inspirent souvent de techniques vieilles de plus de plusieurs siècles pour élaborer un instrument ou procéder à une restauration, retournant ainsi aux sources mêmes de la facture d’orgues. La reconnaissance des valeurs anciennes et de leur indéfectibilité a heureusement pris le pas sur le goût de la modernisation.
Le long parcours de la restauration, les grandes dates du dossier.
En 1985 s’est concrétisée la restauration de l’orgue de Mortier. Suite à cet événement et pour mon information personnelle, nous avons fait un recensement des orgues Molinghen (facteur d’orgues XIXe originaire de Mortier). Cela nous a conduits le 15 octobre 1987 à Mortroux. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver ce meuble très particulier, mais malheureusement à l’état d’abandon, car depuis bien des années, suite à une panne de ventilateur l’instrument n’était plus jouable. Connaissant bien Hubert Schoonbroodt (j’étais ancien étudiant du conservatoire de Bruxelles) je lui ai parlé de l’orgue nous sommes allé le voir accompagné de Guido Schumacher, facteur d’orgues le 15 avril 1988. Impressionné par cette découverte, Hubert Schoonbroodt décide d’entamer une procédure de classement qui aboutira le 30 juillet 1991. Le 30 avril 1991, la Fondation Roi Baudouin décerne un prix qui va permettre de débloquer un budget permettant une étude approfondie de l’orgue. Un facteur d’orgue, un ingénieur, un architecte et moi-même pour les archives et la coordination allions rédiger une synthèse technique et historique qui servira de base à la rédaction du cahier des charges. Entre temps, suite au décès accidentel d’Hubert Schoonbroodt, j’ai eu l’honneur de reprendre le dossier en tant qu’auteur de projet. La personnalité qui portait littéralement ce projet à l’époque était Monsieur Marcel Bloom, aujourd’hui décédé.
Entre ces années et la mise en adjudication de juillet 2009, (début des travaux, mai 2011) bien des péripéties ont entravé la bonne marche du dossier. Dissolution de l’ASBL AROM fondée par Monsieur Marcel Bloom, impossibilité de restaurer faute de moyen… En décembre 2002 le dossier passe entre les mains de l’Institut du Patrimoine grâce à Monsieur Barlet alors président des Monuments Sites et Fouilles. Ce passage a été déterminant et a permis de sauver ce grand projet. En effet, une convention a été signée afin d’obtenir une subvention plus importante permettant ainsi d’entrevoir l’aboutissement du projet.
Le 1er cahier des charges date du 30 septembre 1993. Dix fois il a été remis à jour, la dernière mouture date du 2 décembre 2009. Bien sûr des remises en question d’ordre technique ont été apportées mais la législation administrative elle-même a été modifiée plusieurs fois d’où la rédaction de dix cahiers des charges !
Le 27 octobre 2009 a lieu l’ouverture des soumissions. Le Ministre Lutgens attribue le marché à la Manufacture d’orgues Thomas de Ster-Francorchamps le 17 février 2011.
Le 9 juillet 2012, l’orgue est entièrement démonté et déménagé à l’atelier du facteur d’orgues.
Le 6 mai 2013 a eu lieu une entrevue avec les sponsors sous la tutelle de « Prométhéa », petit concert d’orgue à Spa et visite de l’instrument en cours de restauration à Ster.
L’année 2013 a vu la remise en état de l’église, peinture, électricité, vitraux et chauffage ont été remis à neuf.
Le 19 février 2014 procédure de remontage de l’orgue à Mortroux.
Le 5 mai 2014, l’orgue liégeois de l’Abbaye des Prémontrés chante ses premières notes.
Le 25 août 2014, fin des travaux avec réception provisoire le 7 août.
Ce que nous a révélé la restauration.
Meuble.
Au démontage, nous nous sommes posé la question : « Comment ce meuble peut-il encore tenir debout ? » En effet, la structure était non seulement faite de bricolages et d’enchevêtrements de bouts de bois mais des éléments porteurs étaient rongés par la vermine.
Plustôt que de restaurer le meuble sur la base de ce qui existait il a été décidé de restructurer l’entièreté du meuble. L’ensemble de l’instrument est maintenant en parfait équilibre. Cette unité permet non seulement une grande stabilité, mais aussi, offre a la tuyauterie, une « caisse de résonnance » particulièrement efficace. Tous les éléments historiques ont été préservés et restaurés, c’est pourquoi nous trouvons sur les côtés latéraux du meuble des éléments de couleur naturelle et d’autres de couleur bleue.
Les analyses de Pascale Wéry, spécialiste en polychromie ancienne ont permis de dégager que la couleur qui recouvrait les panneaux latéraux les plus anciens (XVIIe) était de teinte bleue.
Les neufs ont conservé la couleur naturelle du bois de chêne.
Un mystérieux blason, un ange musicien et un tuyau de voix humaine dans le plancher.
Avant démontage, trônait au sommet de l’orgue un ange musicien. Celui-ci avait littéralement troué la voute de +/- 2 cm d’un de ses bras… Il était fixé à un support en forme d’ogive.
Après observation de l’ange musicien, Pascal Wéry a constaté que la couleur qui le recouvrait était de type bronzine, exactement similaire à celle appliquée à la magnifique balustrade. Or, sur le buffet d’orgue, aucune trace de cette couleur…
Cela démontre que l’orgue est arrivé à Mortroux sans l’ange musicien et que celui-ci se trouvait déjà dans l’église avant le remontage de l’instrument par Binvignat en 1809.
À la tribune était entreposé, avec bien d’autres choses, un blason que nous avons vite fait d’oublier dans un premier temps. Lors de la longue réflexion à l’atelier sur la structure du meuble et de ses ornements il a été observé que le support de l’ange en forme d’ogive correspondait parfaitement au cadre du blason retrouvé.
Aujourd’hui le blason a retrouvé sa place d’origine et l’ange musicien a lui aussi repris sa place au centre du M que dessine la sculpture.
La présence de ce blason sur l’orgue reste encore un mystère. Monsieur Leyens, historien à Visé, nous a permis de découvrir l’appartenance des armoiries grâce au savoir de Monsieur François Beaujean (décédé en début 2014). Il s’agit des armoiries de la famille Lannoy de la Seigneurie de Bolland. Peut-être s’agit-il du mécène de l’époque ?
Le cahier des charges prévoyait d’adapter le diapason de l’instrument à 440 Hz car l’étude n’avait pas permis de dégager une hauteur précise de diapason vu les multiples courants esthétiques adaptés à l’orgue. (XVIIe, 2 styles XVIIIe, 2 styles XIXe, XXe).
Lors du démontage, un ouvrier de la manufacture d’orgues a trouvé, dans le plancher de la tribune, un tuyau d’anche de la 1erépoque de l’orgue. C’est un tuyau de voix humaine conservé en parfait état et remis aujourd’hui dans l’orgue. Son diapason était à 412 Hz et bien représentatif de ce qui se faisait au XVIIe. Nous en déduisons que le diapason des orgues XVIIIe était déjà d’application au XVIIe. Vu le nombre important de tuyaux historiques et particulièrement du XIIe, nous avons remis ce diapason qui correspond à environ ½ ton plus bas que le diapason 440 Hz « pianistique » de notre époque.
Les deux peintures
Dans un premier temps, avant la rédaction du cahier des charges et durant l’étude préalable, nous avions imaginé extraire les peintures du meuble. En effet il n’existe aucun cas d’orgue garni de cette façon, et nous ne comprenions pas vraiment l’intérêt de ces peintures. Il avait été proposé de les fixer sur le mur du fond aux côtés de l’orgue. Après réflexion, elles ont été intégrées dans le cahier des charges pour la restauration et la remise en place sur le meuble.
En novembre 2009 un courrier de Monsieur Jean-Pierre Félix (décédé en septembre 2014) historien et spécialiste dans le domaine de l’organologie nous informe que les deux peintures sont attribuées à Jean Latour (1719-1782) et datent des années 1770. Information qui lui a été transmise par Monsieur P.Y. Kairis. Ce peintre avait suivi une formation à Rome de 1740 à 1745 auprès d’Hyacinthe Coorado. ) A Liège il est élève de J.B. Coclers (Maastricht 1696 - Liège 1772).
Celui-ci issu de l’école liégeoise a justement œuvré à cette époque dans l’église du séminaire. En 1772 et 73, six toiles de sa main sont accrochées dans le chœur et en 78 deux autres toiles ovales seront placées au-dessus de deux petits autels. Aucune information sur les deux peintures jouxtant l’orgue.
Nous avons davantage compris l’intérêt des toiles lors du remontage du buffet dans l’église, car, sans elles, il y a réellement un déséquilibre esthétique. Le buffet semble trop étroit et renfermé sur lui-même. Les deux peintures ouvrent le buffet vers la nef pour l’intégrer dans l’édifice. Ce qui était sans aucun doute, le même cas qu’au séminaire.
L’abbé Mols début des années 1990 m’avait confié qu’elles avaient été découpées dans le bas, car durant les offices des enfants allaient jouer derrière…
La restauration des peintures par l’atelier d’Emmanuelle Job
Le travail a été réalisé avec la collaboration de Kerstin Stickelmann et Audrey Jeghers pour la couche picturale et de Jean-Albert Glatigny pour la conservation et la restauration des structures en bois.
Les deux toiles peintes de part et d’autre du buffet sont de dimensions importantes (+/-118/356cm chacune). Celles-ci en grisaille et peintes à l’huile sont attribuées à Jean Latour (Liège 1719 - Moislains 1782) élève à Liège de J.B. Coclers (Maastricht 1696-Liège 1772).
Elles ne sont pas signées. On qualifie Jean Latour de peintre peu talentueux mais celui-ci a malgré tout connu un certain succès à Liège pour ses tableaux d’églises.
Les toiles ne comportent donc pas de signature. Si celle-ci était existante, elle a peut-être été perdue lors d’un malheureux « découpage » d’une des deux toiles dans la partie inférieure.
Les châssis ne sont pas des châssis à clés traditionnels. Munis chacun de deux traverses, il s’agit d’assemblage de fortes pièces de résineux (pin sylvestre ?) renforcés par des entretoises en croix en leur centre.
Interventions de restauration antérieures
Hormis la mise en place de moulures en bois de résineux sur le pourtour des deux toiles, nous n’avons pas observé d’interventions antérieures au niveau des châssis.
Sur l’ensemble des toiles (couche picturale) nous avons observé la présence de surpeints ponctuels. Ceux-ci sont plus foncés que la couche picturale originale. Ils sont appliqués localement au pinceau.
Etat des peintures avant restauration (problématiques principales)
Les problématiques que nous avons rencontrées étaient peu complexes. Les difficultés résidaient surtout dans les dimensions des toiles et le poids des châssis à manipuler.
In situ les châssis montraient un bon état de conservation. Lors du démontage de l’orgue (par le facteur d’orgues), le bois s’est avéré vermoulu, l’attaque n’étant toutefois plus active et sans danger pour la résistance mécanique du bois.
Des cassures et manques étaient toutefois observés ponctuellement.
Les supports de toile étaient quant à eux en mauvais état de conservation.
La toile épaisse et souple comportait des déchirures ou trous provoqués bien souvent par des impacts de balles datant de la seconde guerre mondiale.
Mais c’est principalement les énormes trous laissés par les clous en fer forgés pour le maintien des toiles sur les châssis qui ont provoqué les plus nombreuses altérations. Notons également d’importantes déchirures aux angles.
La couche picturale comportait quant à elle une couche de protection (vernis probablement de nature résineuse) peu homogène, épaisse, oxydée et fortement jaunie. Celle-ci n’était sans aucun doute pas originale car non présente en-dessous des moulures d’encadrement non originales appliquées sur le pourtour des peintures.
La couche picturale montrait également des zones comportant un réseau de craquelures plus ou moins important et légèrement en reliefs.
Traitement réalisé :
Le traitement avait pour principal but de stabiliser l’état de conservation de la couche picturale et de consolider le support. C’était essentiellement les dimensions des deux toiles qui rendaient les opérations de manipulation et d’interventions difficiles, d’autant que nous avions décidé de conserver les châssis anciens très lourds.
Le dévernissage a montré la présence de deux vernis, Le premier vernis peu homogène et plus récent a pu être dégagé à l’aide d’un solvant en gel. Nous avons utilisé un gel pour limiter la pénétration du solvant dans une toile très absorbante et les actions mécaniques répétées sur la couche picturale. Le deuxième vernis un vernis plus ancien (restes de vernis huileux ou résineux) était quant à lui plus homogène et peu jauni. Il présentait une solubilité différente. Nous avons décidé de le conserver car il était peu gênant pour la bonne lecture de l’image.
Après une dépose difficile des toiles (les toiles étaient tendues à l’aide de quelques 500 clous en fer forgé ou plus récents, parfois bien enfoncés par la face) les châssis ont été traités par Jean-Albert Glatigny qui a également procédé à la pose de lattes d’écartement sur le pourtour des châssis, au collage des fentes, à des incrustations des manques et aux bouchages des accidents.
En parallèle, les supports de toile ont été consolidés par la mise en place de renforts au niveau des bords de tension originaux fragilisés par les clous rouillés et ensuite par l’application de bords de tension (toile de lin) pour assurer une meilleure remise en tension des toiles sur les châssis traités.
Le masticage a été réalisé à l’aide d’un mastic traditionnel craie-colle et la retouche s’est réalisée en deux phases : une première phase à l’aquarelle et une seconde à l’aide de matériaux réversibles spécifiques pour la restauration d’œuvres d’art. Les deux peintures ont reçu ensuite une couche de protection appliquée finement au pistolet avant leur remise en place de part et d’autre du buffet.
Le retour de l’orgue à Mortroux après sa restauration.
Il est avant tout important de souligner que la réussite d’un projet de cette envergure n’est possible qu’avec l’implication d’un ensemble de personnalité.
Au préalable au retour de l’orgue, l’entièreté de l’église a été repeinte, les vitraux abîmés ont été remplacés, il a fallut adapté le chauffage pour éviter des différences de températures et d’hygrométrie importante, un nouvel éclairage a été mis en fonction, certains pavés de l’église ont été remplacés, car ils étaient cassés… Le Président de la Fabrique d’église, Monsieur Jeukens, a joué un rôle prédominant dans cette grande réussite. Il faut souligner également le travail des Échevines, Madame Polmans dans un premier temps et ensuite Madame Janssen, mais il faut rendre hommage aussi au lourd travail administratif effectué par Madame Mercenier qui suit ce dossier depuis plus de 20 ans ! Il nous faut féliciter la Commune de DALHEM pour son attention particulière à son patrimoine. Ce patrimoine sera ce qui restera de nous, dans le futur.
L’église de Mortroux est un lieu de culte, mais sera à l’avenir un lieu ouvert à la musique voir, aux conférences et expositions grâce à la remise en état de l’édifice et à l’enthousiasme des personnes concernées. L’exposition de novembre 2014 en est un bel exemple.
C’est un lieu rêvé pour les artistes, il y fait très calme pour y faire de la musique et des enregistrements, l’acoustique y est excellente, c’est proche du site de Val-Dieu qui est un lieu de promenade, mais aussi de culture grâce à son festival.
Conclusion.
Cet orgue à caractère historique est réellement un instrument propulsé dans l’avenir. Tous les facteurs d’orgues qui ont façonné son existence sont des artistes, parfois maladroits d’autres géniaux.
Le choix de conserver les sommiers du Grand-orgue du XIXe de Pereboom s’est avéré intéressant tout comme celui d’avoir restauré cette gambe du début de la période romantique. Cette gambe est peut-être même la première de la région. Les tuyaux très anciens du XVIIe côtoient maintenant ceux des XVIIIes, XIX et du XXIe. Tous chantent admirablement en symbiose alors qu’ils ne sont pas faits au départ pour fonctionner ensemble vu leurs paramètres métriques en principe inconciliables. « Le facteur d’orgues est un Artiste ! »
L’option de cacher les maladresses laissées sur le meuble par un ébéniste mal habile a été une bonne chose. Il en est de même pour le choix du remplacement des claviers de Pereboom, pourtant d’excellente facture, mais d’intégration impossible avec la nouvelle mécanique. Même choix pour les tirants de registres. Donner une vision « patchwork » aurait créé un certain désordre dans la vue d’ensemble de la console. Le meuble a été restructuré pour ne faire qu’un avec la tuyauterie et l’ensemble de la console.
Cette restauration reflète quatre siècles de facture d’orgues liégeoise. La cohabitation des différentes interventions apportée par l’histoire a donné un instrument d’une homogénéité exceptionnelle.
C’est une symbiose parfaite entre l’histoire et le présent.
Composition :
Positif
Prestant 4 Ancien Majeure partie du 17ème. Jeu très remanié.
Bourdon 8 Ancien Jeu hétéroclite, remanié
L'octave grave en bois est d'époque (17ème probablement)
Nasard 2 2/3Thomas
Flûte 4 Ancienne Tuyauterie hétéroclite de diverses époques.
Doublette 2 Ancien Tuyauterie hétéroclite qui a été à maintes reprises remaniée.
Fourniture Thomas
Tierce 1 3/5 Thomas
Larigot 1 1/3 Thomas
Cornet Thomas
Cromorne Thomas
Grand orgue
Trompette 8 Thomas
Fourniture IV
Ancien + Thomas tuyaux anciens allongés, réorganisé, et neufs
Cymbale II Thomas
Flûte 4 Ancien Présence d'un do#1 Peereboom.
Gambe 8 Ancien Restauration normale.
Voix humaine Thomas Reconstruite selon le 2ème si, retrouvé dans le plancher de la tribune.
Prestant 4 Ancien Restauration normale. Le dernier ré est neuf
Bourdon 8 Ancien Basse en bois ancienne. Nouvelles plaquettes
Le do#1 est neuf.
Montre 8 Ancien Façade ancienne. Réalisation d'un nouveau DO#1
12 tuyaux neufs en 75 % + étamage (feuille d’étain)
Sesquialtera Thomas
Cornet IV Ancien + Thomas Tout est neuf sauf la Tierce, 7 nouveaux tuyaux aigus.
Doublette 2 Ancien Tous les tuyaux sont anciens sauf le do#1.
Pédalier
Soubasse 16' Thomas
Flûte 8' Thomas
Trompette 8' Peereboom XIXe C3 neuf Nouveau corps au f2
Rossignol
Deux claviers de 56 notes
Pédalier de 27 notes
Tremblant
Tirasse G-O
Diapason 412 Hz (déterminé grâce au tuyaux de voix humaine retrouvé dans le plancher de la tribune au démontage de l’orgue)
Tempérament THOMAS
Les intervenants de cette restauration 1987-2014 :
Monsieur l’Abbé Jean-Pierre Mols (décédé en 2011)
Monsieur Marcel Bloom (décédé en 2011) (Fondateur de l’ASBL AROM et initiateur du projet)
Monsieur Hubert Schoonbroodt (décédé en 1992)
Monsieur Guido Schumacher facteur d’orgues
(étude archéologique de l’orgue de Mortroux avant la réalisation du projet de restauration)
Monsieur Van Loo (ingénieur) (étude archéologique)
Madame Micheline Viellevoye (photos et archives) (étude archéologique)
Monsieur Odilo Siebigs (architecte facteur d’orgues) (étude archéologique)
Monsieur Bonmariage (président de l’ASBL AROM)
Madame Herman Architecte et alors Membre d’évaluation de la Fondation Roi Baudouin
Monsieur Barlet, Président honoraire de la Commission des Monuments sites et fouilles
Monsieur Jeukens Président de la Fabrique d’église
Madame Mercenier (Administration Communale)
Madame Polmans et Madame Janssen Échevines de la Commune de DALHEM
Madame Anne Froidebise organiste et membre de la Commission des Monuments sites et fouilles
Les représentants de la Région wallonne qui suivirent très étroitement le dossier et en particulier
Madame Géraldine Chaineux et Madame Martinot.
L’Institut du Patrimoine Wallon, Madame Gybels dans un premier temps, ensuite
Valérie Orban et Vanessa Amormino.
L’atelier de peinture Emmanuelle Job pour la restauration des deux peintures
Pascale Wéry et Caroline Pholien (peinture et polychromie)
Les intervenants financiers :
L’Administration Communale de DALHEM
La Région wallonne
La Province de Liège
Prométhéa avec Cridibe et Martin’s Brugge
Le fonds Mécénat ING Belgique
La Fondation Roi Baudouin
La Fondation Schoonbroodt
La Fabrique d’église
La Manufacture d’orgues THOMAS :
Dominique Thomas
André Thomas
Jean Sébastien Thomas
Alberto Guidolin
Jean Jamar
Nicolas Mignon
Benoit Evrard
David Warland
Hélène Thimister
Laurent Legrand
Marc Hénnemont
Larissa Meurice
Thomas Deserranno
Damien Thomas
Samuel Thomas